Je n’ai ni photo, ni pedigree, même pas de date de naissance et de décès. Je sais seulement, par un ancien collègue de l’UQAM avec qui il avait collaboré à plusieurs reprises, qu’il est parti, il y a quelques années, sans faire de vagues, un peu oublié, probablement même pauvres... En plus, il avait le malheur de porter le même nom que l’ancien maire de Québec et directeur de cabinet de Jean Chrétien...

 

Jean Pelletier

— et son éternel fédora, comme Leonard

et comme Indiana....

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean — au moins, pour ce que j’en sais — aura été une sorte d’animateur socio-culturel, collaborant à diverses entreprises fort diverses. Il présida de grosses — et houleuses — assemblées politiques dans les années 70. Directeur de département, je l’avais même invité, un jour, à venir présider l’une de nos assemblées départementales que je prévoyais particulièrement turbulente, qui le fut effectivement en partie, mais qu’il réussit néanmoins à mener à bon port avec le flegme d’un moine zen et le sang froid d’un python birman. 

 

Alors que je procrastinais pour finir mes études de maîtrise, Jean m’avait engagé comme — à l’époque, on disait «nègre», allons-y plus prudemment avec «écrivain  fantôme», même si c’est un calque de l’anglais — pour la rédaction du Livre blanc sur le loisir qu’il pilotait, à l’initiative de Claude Charron, membre du premier gouvernement du Parti québécois. Ce livre blanc entraîna notamment la création du ministère du Loisir. 

 

Quelques années plus tard, Jean réquisitionna de nouveau ma plume fantomatique, cette fois pour la rédaction d’un autre projet gouvernemental — qui alla hélas en rejoindre bien d’autres sur la poussière des tablettes : un projet — sans doute trop brillant et trop ambitieux — d’aménagement à la fois physique et humain de l’archipel de Montréal. 

 

Je me rends compte que même mes brouillons de ces rédactions sont disparus, étant devenus illisibles à la suite de trop d’années passées dans l’humidité d’une cave. Le bouddha parlait d’impermanence...

 

En pensant à cet homme qui croyait sereinement — mais passionnément — à l’avènement d’une société du loisir, me viendraient volontiers aux lèvres les derniers vers de Brassens dans sa Supplique pour être enterré sur la plage de Sète :

 

Pauvres rois, pharaons ! Pauvre Napoléon !
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon !
Pauvres cendres de conséquence !
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,

Qui passe sa mort en vacances...

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