AMPHITRYON. n.m. Du nom d’un personnage mythologique mis en scène dans une comédie de Plaute, puis par Molière dans son Amphitryon (1668), où le mot a pris son sens actuel. Personne chez qui (parfois avec la nuance : aux dépens de qui) l’on mange. Brassens : «Cocu tant qu’on voudra, mais pas amphitryon...»

 

AVEINDRE. V. tr. Du latin advenire, «atteindre à». Mot archaïque quoique encore utilisé en Acadie.  Tirer quelque chose hors de quelque choseAveins-moi une bière de la glacière, sagouine!

 

BIGOTELLE. n.f. De l'espagnol bigote («moustache»). Pièce de tissu destinée à garder une moustache bien relevée, notamment durant la nuit. Hercule Poirot dormait avec une bigotelle.

CACOCHYME. Adj. Du grec kakos («mauvais») et chymes («humeur»). De constitution fragile ou de santé déficienteVieillard valétudinaire et  cacochyme.

 

CATADIOPTRE. n.m. Du grec katoptron («miroir») et dioran («voir à travers»). Dispositif de sécurité réfléchissant, notamment pour les véhicules. Les vélos sont obligatoirement équipés de catadioptres — ou réflecteurs catadioptriques.

CORON. N.m. De l’ancien français corn («coin»). Habitation ou quartier d’habitations de mineurs en Wallonie et dans le nord de la France, à l’époque de la révolution industrielle. Zola les a immortalisés dans Germinal.

DÉHISCENT, E. Adj. Du latin dehiscere («s’ouvrir»). Se dit des organes de certains fruits qui s’ouvrent d’eux-mêmes.On pourrait, par extension, avancer que certains ont une grande gueule déhiscente. La noix de coco, elle, en revanche, est indéhiscente. Ne pas confondre avec indécente.

 

DÉLÉATURER. V. tr. Du latin deleatur («que cela soit supprimé»). Supprimer un mot ou un passage sur des épreuves d’imprimerie. Le symbole convenu peur l’indiquer est un petit d. Un peu tombé en désuétude depuis que les logiciels de traitement de texte disposent d’outils de révision informatisés. Peut néanmoins être conservé, notamment sous l’influence de l’anglais (delete), au sens plus large de : supprimer. Le salaud/la salope, j’ai déléaturé son nom de mes ami.e.s Facebook !

 

ÉPONYME. Adj. Du grec ἐπώνυμος (épônumos, «qui donne son nom à quelque chose»). Harry Potter, Joseph-Ignace Guillotin, Joseph-Armand Bombardier, Eugène Poubelle, Séraphin Poudrier, Donald Trump, le Joker sont des personnages éponymes. 

 

ÉRUGINEUX. Du latin ærugo («rouille»). Qui a l’aspect du vert-de-gris (appelé jadis rouille du cuivre). Il éructa un crachat érugineux devant le parlement du Canada dont la toiture de cuivre verdi a une teinte érugineuse. 


FLAVESCENT, E. Adj. Du latin flavescere («jaunir»). Qui tire sur le jaune. Depuis 2019, les gilets jaunes ont un effet flavescent sur la scène politique française.

 

FONGIBLE. Adj. Du latin fungi («accomplir»). Se dit de biens qui, une fois consommés, peuvent être remplacés par d’autresOn peut remettre à sa voisine une tasse de sucre, voire un contenant Tupperware qu’on lui a emprunté, parce qu’il s’agit là de biens fongibles. La Joconde et le chat de la Mère Michel, en revanche, n’en sont pas.  

 

FUSTANELLE. n.f. Du latin médiéval fustana (type de tissage). Courte jupe plissée et empesée, faisant partie du costume national grec. Les soldats qui montent garde devant le parlement grec portent la fustanelle. Ne pas confondre avec: fontanelle: espace encore non ossifié du crâne des jeunes enfants.

 

GAVIAL. N. masc. ou fém., selon — mais, en cas d’incertitude, il n’est pas prudent de vérifier de trop près. Du hindi घडयाल (ghaṛiyāl). Espèce de crocodile du sous-continent indien à longue gueule effilée. Différent des alligators, quoique, vu de loin, caïman pareil.  Animal sacré en Inde, considéré comme la monture de Ma Ganga, personnification divine du Gange. Un cheval, deux chevaux, un animal, deux animaux, un gavial, deux gavials. Tough luck. 

 

GOURGANDIN, E. N. masc. ou fém. De l’ancien occitan gandir («s’esquiver»). Le mot, féminin à l’origine, signifie femme de mauvaise vie, dévergondée. Il s’est masculinisé plus récemment dans les mœurs. Harvey Weinstein ainsi que quelques autres personnalités, dont certaines exercent de très hautes fonctions aux États-Unis, sont de fieffés gourgandins. Se dit également d’un corset qui se lace et — rejoignant ainsi le premier sens — se délace aisément par le devant.

 

LAMANAGE. N.m. Du néerlandais lootsman («pilote»). Pilotage (par des lamaneurs ou des lamaneuses) des navires à l’entrée et à la sortie des ports, dans les chenaux, les passages dangereux, etc. Au Québec, on parle plus simplement de «pilotes». Ce sont des lamaneurs qui pilotent les navires dans le Saint-Laurent, des Escoumins jusqu'au port de Montréal.

LAMBDACISME (ou LABDACISME). Syn. : lallation. gr. λα(μ)βδακισμός (la(m)bdakismos, «emploi du lambda pour une autre lettre». 1. Désignation des premiers sons émis par les nourrissons qui apprennent à parler. D’où : bébé la la. 2. Problème de prononciation consistant à allonger le son l ou à le substituer au son R. Beaucoup d’Occidentaux y sont sujets lorsqu’ils tentent de prononcer le R dans des langues orientales. De ce fait, on caricature souvent les Asiatiques de cette manière lorsqu’on tente de rendre leur propre prononciation des langues occidentales : «Je leplendlais enco’l du lagoût, melci». Ne pas confondre avec un tic langagier de l’ancien maire de Chicoutimi, lô, lô.  

MÂCHURER. V. tr. De l’ancien français mascurer, de la même famille que masque. Barbouiller de noir. On a reproché à Justin Trudeau de s’être souvent mâchuré le visage dans sa jeunesse, ce qui est devenu politiquement très incorrect. Peut aussi parfois avoir le sens d’enquêter dans le noir.

 

MANIPULE. N. masc. Du latin manipulus («poignée»). 1. Dixième partie d’une cohorte de l’armée romaine, elle-même dixième partie d’une légion. 2. Pièce d’étoffe que le prêtre portait au bras gauche, pendant la messe, jusqu’au concile Vatican II, et qui servait à s’essuyer les mains lorsqu’il recevait, comme offrandes, des sacs de patates, des poules vivantes ou de l’argent sale. Ne pas confondre avec manuterge, petit linge avec lequel le prêtre s’essuie les doigts pendant la messe après se les être rituellement lavés. N.B. Peu usités dans la conversation de tous les jours, ces mots peuvent néanmoins offrir un certain intérêt au Scrabble.

OLYMPIADE. N fém. Du grec Ὀλυμπιάς (Olympiás). Dans la Grèce ancienne, espace de quatre années entre deux célébrations successives des jeux Olympiques — avec lesquels ce mot est souvent confondu. De nos jours, toutefois, il désigne aussi une compétition (sportive ou non) plus ou moins inspirée de ces derniers.

ONYCHOPHAGIE. N. fém. Du grec  ὄνυξ (onux, «ongle») et  φαγία (phagia, «action de manger»). Habitude de se ronger les ongles. Chaque fois qu’il regardait un film d’horreur, il était saisi par une fringale onychophagique.

 

PALINODIE. N.f. Du grec πάλιν (palin, «en arrière») et ὠδή (ôdê, «chant») Texte ou partie d’un texte (sa conclusion, généralement) ou l’on contredit volontairement ce qu'on a avancé jusque là. («C’est un oiseau ! C’est un avion ! Non, c’est Superman!») Se dit également d’un changement d’allégeance politique (au Québec : vire-capot). (On trouve parmi les députés de la CAQ pas mal de parcours palinodiques.)

 

PARASCÈVE. N. fém. Du grec Παρασκευή (paraskevi, «préparartion», «vendredi»). Veille du sabbat juif — d'où également le sens de vendredi, au cours duquel on prépare ce jour de repos hebdomadaire. Dans la tradition chrétienne, désigne plutôt le vendredi saint. Σας ευχαριστώ τον Θεό, είναι η Παρασκευή! (Efkaristô ton Theo, einei è paraskevi ! «Thank God, It’s Parasceve !»)

PHILOMÈLE. N. masc. Nom poétique du rossignol. Du grec φιλομήλα (philomela, littéralement «qui aime le miel» : «rossignol»), du nom d’un personnage mythologique. Cette jeune femme fut changée en rossignol après s’être emportée contre un macho, Procnée, qui l’avait violée et lui avait coupé la langue pour qu’elle ne puisse le dénoncer. De ce fait, on pourrait être tenté de voir dans le chant du rossignol une sorte de proto #metoo.

 

PRINCEPS. Adj. Du latin princeps («premier»). Se dit de la première édition d’un ouvrage. Des éditons princeps de Voltaire et de Rousseau. Ne pas confondre avec forceps : instrument chirurgical utilisé lors de certains accouchements difficiles.

 PYRARGUE. N. masc. Du grec πυγάργος (pyrargos, de  πῡγή (pugè, queue) et‎ ἀργός (argos, blanc, clair) : «qui a le derrière blanc». Étonnamment, de nos jours :  aigle à tête blanche. Le pyrargue est l’emblème des États-Unis. 

«...Et tandis que les rois, joyeux et désastreux, font une fête auguste et triomphale entre eux (...) les feux, la louche orfraie et le pygargue (...) volent droit aux charniers (...)». Extrait d'un poème en l'honneur des soldats de Garibaldi tombés au combat lors de la défaite de Mentana (1866).

 

SAGARD. n.m. De l'allemand säger («scieur»). En Alsace et dans les Vosges, scieur débitant les troncs en planches. Homonymie: nom du domaine de la famille Desmarais dans Charlevoix. Pour construire leur résidence secondaire de Sagard, les Desmarais engagèrent bien des sagards.

SYBARITE. N. masc., fém. ou non bin. Personne vivant dans la mollesse et la débauche. De Sybaris, colonie grecque d’Italie, dont les habitants avaient la réputation de mener une vie voluptueuse et dissolue. 

SYCOPHANTE. N.m. Du grec sycophantes («dénonciateur [des voleurs] de figues»). Délateur«Les sycophantes du pays / Sans vergogne / Aux gendarmes nous ont trahis...» (G. Brassens)

TONTINE. N. fém. Du nom du banquier italien Lorenzo Tonti qui mit au point cette pratique au 17e siècle. Association d’épargne dans laquelle des épargnants investissent. Lors du décès de l’un des participants, le capital ainsi épargné revient aux survivants. Le dernier d’entre eux devient propriétaire de l’ensemble. La tontine, associée à une espèce de loterie, est interdite dans le droit québécois. Ne pas confondre avec une tantine qui raconte des comptines. Ne pas confondre non plus avec le modèle de Ponzi, quoique...

TOUAILLE. N. fém. l'ancien francique thwahlja « serviette ». Au Moyen Âge, bande de tissus servant de serviette, de nappe, de coiffe de dame, etc. Plus récemment, quoique vieilli : essuie-main continu suspendu à un rouleau. Les touailles ont été largement remplacées par des sèche-mains électriques.

TRÉBUCHET. N. masc. Diminutif francisé de l’ancien occitan trabuc. Arme de guerre médiévale à balancier, destinée à lancer de lourdes pierres sur les murs des fortifications. Ne pas confondre avec la catapulte, arme moins puissante et de conception plus ancienne, fonctionnant, elle, sur le principe de l’élasticité et de  la torsion de divers matériaux (bois, cordes, nerfs de bœufs, etc.). 

 

VIGUIER. N. masc. Du latin vicarius («vicaire, remplaçant»). Ancien magistrat dans certaines régions du Midi de la France. Ne pas confondre avec figuier. Entre la sieste et le pastis, le viguier vaquait à sa viguerie avec vigueur. 

 

ZEUGME (ou ZEUGMA). N. masc. Du grec ζεῦγμα (zeûgma, «joug», «attelage»). Figure de style elliptique qui consiste à faire dépendre d’un même mot deux termes disparates. «...protégera / Nos foyers et nos droits...». «Prenant son courage à deux mains et sa winchester dans l’autre...; après avoir sauté sa belle-sœur et le repas du midi...» (Pierre Desproges).

ZIGONNER. V. intr. Tenter de faire ou d’utiliser quelque chose de manière interminable et peu efficace. Arrête de zigonner, tu m’énerves ! Ça fait des heures que tu zigonnes pour réparer ta moto...

Le verbe est généralement présenté comme un québécisme quoiqu’on l’ait retrouvé dans le parler de certaines régions de France. Son étymologie est en revanche fort obscure. On a suggéré une origine latine (cigonia, «cigogne» : tourner autour du pot, comme une cigogne autour de son nid), poitevine (zigzouaner, «scier maladroitement»), germanique (giga, «violon populaire»). Cette dernière hypothèse est intéressante. Elle rapprocherait le sens du mot de celui de bretter au Québec : prendre son temps pour [ne pas] faire quelque chose). Bretter est un terme archaïque d’escrime décrivant d’interminables passes d’armes entrez les duellistes («bretteur»), comme on imagine les mousquetaires en faire pour la galerie. De façon analogue, zigonner pourrait alors évoquer la manière endiablée dont les Tziganes (allemand : Zigeuner) manient l’archet en jouant du violon. Voir par exemple les Zigeunerlieder («Chansons tziganes») de Johannes Brahms ou la Zigeunermarsch d’Oskar Rieding.

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