LE CHAT  ET  LES  MYTHES

extrait du  livre de R. de Laroche et J.-M. Labat, 

Histoire secrète du chat, Casterman 

illustrations de Mister G.

Dans les mythes de création, le chat est universellement lié aux déesses mères 

ainsi qu'aux astres du Jour

et de la nuit.

Certains esprits poétiques n'hésitent pas à chercher son origine dans l'Atlantide...

Si la Bible le dédaigne, le monde musulman le fait naître à bord de l'arche de Noé.

Le patriarche, incommodé par les rats qui proliféraient sur le navire, demanda conseil à Dieu. 

 

Celui-ci lui ordonna de frapper le museau du lion, qui éternua

et projeta par ses naseaux le premier couple de chats...

Si le chat retombe toujours sur ses pattes lorsqu'il fait une chute,

il le doit au prophète Mahomet. Celui-ci, ne voulant pas déranger le sommeil de sa chatte Muezza (qui dormait sur lui), préféra déchirer la partie de son vêtement où dormait l'animal.

À son retour, Muezza le gratifia d'une révérence plongeante...

Et c'est en remerciement de ce beau geste que Mahomet lui aurait accordé, ainsi qu’à ses congénères, le don de toujours retomber sur ses pattes.

Le bouddhisme adopte à son encontre une attitude équivoque, conséquence d’un épisode survenu lors de la mort de Bouddha.

 [Voir l’histoire Le chat qui voulait être sur la toile]

En Grèce et à Rome, l’origine du chat est attribuée aux divinités lunaires comme Artémis et Diane.

La dualité solaire/lunaire cède le pas, dans l’Occident chrétien, au manichéisme bien/mal.

Ainsi, le chien est-il la création de Dieu,

et le chat, œuvre du Diable...

Bien plus, le chat possède le privilège de la mémoire du chemin qui mène au jardin d’Eden.

Lorsqu’Adam, Eve et leurs enfants furent chassés du paradis,

le chat fut le seul, dans la tourmente, à en retenir l'itinéraire.

Devant les larmes du troisième rejeton du couple originel, il conduisit le petit garçon jusqu’aux portes du ciel. Depuis, il y a toujours, de par le monde, un enfant et un chat qui détiennent le secret du chemin du jardin d’Eden...

Le chat dans les mythes de l'ancienne Égypte

« Je suis né de la Chatte sacrée,

engendrée sous le sycomore de l’enclos

par le germe-un venu d’en haut,

afin que ma divinité ne puisse être niée...

Je suis né de la Chatte sacrée,

mais je suis aussi devenu un fils du soleil...

Né de la Chatte, je suis le chef,

le fils de la Chatte, le guide-double,

qui restera éternellement pour sa mère

le petit sauvé par la Chatte.

Paroles d’Osiris. »

Le Livre des Morts égyptien

Toujours en alerte, même au cœur du sommeil, le chat, veilleur nocturne, fut considéré par les Égyptiens comme le gardien privilégié des portes de la nuit et du royaume auquel elles donnaient accès. Les textes sacrés le nomment «chat-lumière» ou «grand matou».

Il est le héros d’un épisode crucial du voyage nocturne de la barque solaire; un drame qui se joue chaque nuit, après que Rê, le soleil, sombre dans le sommeil et franchit les portes du monde inférieur, accompagné par le cortège des morts justifiés.

Dans l’Amenta — le royaume des morts —, Rê, devenu un cadavre vulnérable à tous les dangers, parcourt les heures de la nuit.

A la huitième heure, Apophis, émanation de Seth, serpent visqueux et maléfique, 

tente d’arrêter la barque solaire.

 

Alors surgit le chat-lumière, invincible gardien, qui tranche la tête d’Apophis

et la barque solaire poursuit sa route. Cette lutte de la lumière et des ténèbres se reproduira ainsi chaque nuit, dans un éternel conflit dont découle l’équilibre universel.

Ce pouvoir que détient le chat sur les forces ténébreuses se retrouve dans la statuaire. Les prêtres égyptiens conféraient à certaines statues une vie propre, grâce au rituel de l’ouverture de la bouche et des yeux. La pierre, traversée par le souffle vital, possédait alors «un cœur et un (force vitale)», et la statue vivante — traduction du mot égyptien shespankh, signifiant sphinx — attirait en elle une parcelle de la puissance de la divinité.

(...)

Il y eut plusieurs nécropoles de chats, à Saqqarah, Beni-Hassan, Stabl Antar.

On pense généralement que les chats qui mouraient, dans les temples ou chez les particuliers, étaient embaumés, momifiés.

Certains étaient ensuite placés dans des sarcophages puis enterrés dans une nécropole consacrée à l’animal...

Illustrations © G. Ménard

CHD 3chats - copie.jpg
  • Black Facebook Icon
  • Black LinkedIn Icon
  • Black Twitter Icon
  • Black YouTube Icon