Prolégomènes à la visite

de la salle II (A.R.)

Propos et confidences de A.R.

Au commencement,

Dieu créa le chat,

ça ne se discute même pas…

Au commencement, mes parents ont déposé un petit chat noir sur mon oreiller. Avant de m'endormir, nez contre truffe, je plongeais les yeux dans ses beaux yeux verts de félin ; lui, il me tirait aimablement une jolie langue rose. Un chat en peluche plus vrai que nature. Prédestination ? Soixante ans plus tard, ce même petit chat noir est revenu pétrir mon oreiller, ronronner, me câliner. Il s'appelle Momo. Et son frère, c'est Félix, le chat gris tabby...

Puis un être tout petit, vêtu de plumes d’un jaune-orangé, est entré dans ma vie. Il était sympa, mon canari, compatissait, attentif, la tête légèrement inclinée, quand les devoirs n'en finissaient pas le soir ou que le catéchisme à ingurgiter suscitait des larmes de désespoir après une rude journée d'école.

 

Autoritaire, mon canari réclamait le partage lorsque je recevais une tartine, surtout celles au fromage de Hollande. Il exigeait non pas un morceau, mais que la tartine toute entière soit fixée entre deux barreaux de sa cage sous peine de faire une grosse colère à la « de Funès ». 

C'était un être de caractère. Le jour où nous sommes arrivés chez nos grands-parents, un chat est venu le considérer en se pourléchant les babines. Aussitôt mon fier canari a sauté sur le barreau le plus proche pour envoyer un coup de bec magistral dans la truffe accolée à la cage. Plus jamais un félin ne s'est risqué dans les environs.

NdMrG: la photo a été quelque peu floutée, les humains n'ayant, en principe,

pas droit de séjour dans la GMV. Le canari, lui, y a le statut de chat honoraire

Le moindre rayon de soleil suscitait des trilles mémorables. Un jour que mon grand-père l'avait installé au soleil, sur la terrasse surplombant le jardin, attirée par une de ses trilles, une dame canari est venue se poser sur sa cage, venue du ciel, éperdument amoureuse. La cage s'est ouverte, ils y ont vécu heureux de longues années, construit plein de nids, couvé des dizaines d'oeufs sans jamais avoir de descendance. Lorsque mon canari est mort, un autre petit canari a été installé dans la cage, ce qui n'a pas empêché sa compagne de mourir de chagrin...

Nous avions aussi trois chattes en ce temps-là, dont un toute noire, mais c'était il y a si longtemps.

Puis la vie nous a propulsés dans le verger de feu Antonin de Selliers de Moranville (1852-1945), lieutenant-général et chef d'état-major de l'armée belge au cours de la Grande Guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce chevalier en titre avait acquis le pavillon de Norvège, lors de l'exposition universelle de Bruxelles de 1897 et l'avait implanté à l'orée de la Forêt de Soignes. Son chalet de contes de fées, comme l'on en voit encore sur les îles au large de la Scandinavie, conçu pour durer 50 ans, a été magnifiquement restauré au XXIe siècle. On peut toujours l'apercevoir parmi les arbres et les fleurs de la Petite-Espinette.

«Bonpapa» — comme l'appelait notre propriétaire et voisine —était-il, comme sa petite-fille, grand amateur de chats ? Je n'ai jamais pensé à le demander. Elisabeth de Villers-Grandchamps, a vécu de longues années dans ce chalet parmi ses nombreux chats et... Topsy, son caniche tout crépu, jamais rasé, qui veillait sur le groupe de félins avec l'autorité affectueuse d'une chienne de berger. Pour leurs ébats, ses félins affectionnaient les parterres de tulipes de la dame d'en face. « Madame Arsenic », allergique au chats, a gagné son surnom en menaçant d'empoisonner tous les chats à l'arsenic.

Parmi la vingtaine de félins de Madame de Villers,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

certaines chattes m'avaient dévolu le rôle de baby-sitter quand j’étudiais au jardin. C'était si doux, toute cette marmaille ronronnante sur les genoux. Je gardais parfois plusieurs chatons à la fois, apportés par des mamans-chat différentes. Le soir, j'allais déposer les bébés-chat chez Madame de Villers. Car les mamans-chat arrivaient tard pour récupérer leur progéniture, trop tard pour moi, et faisaient un scandale quand elles ne me trouvaient pas. On voyait alors ma propriétaire agitant les chatons à bout de bras pour faire comprendre aux mamans que leurs petits étaient rentrés à leur maison. Parmi ces chats qui m'ont le plus marqué, il y a eu « Plekske » — petites taches ou petit pot de colle en Bruxellois — et puis Zoulette, 22 ans, la doyenne du groupe, qui me regardait, la goutte au nez, avec tant d'amour et de gros ronrons, pour de longues après-midi studieuses sur mes genoux, il y a cinquante ans passés…

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