Le gaspacho

 

 

Mise au point à la poblatsionne!

 

Parmi les lecteurs et les lectrices qui m’ont fait l’honneur de venir fureter dans ces pages, il y en a un certain nombre qui se sont émus (euh... c’est une litote, voire un understament!) en lisant la recette de gaspacho. Pour être franc, certains m’ont même menacé de m’arracher les yeux et de me les faire avaler avec ma recette, ou alors de me faire ce que les toreros font aux toros quand c’est 1-0 pour le torero. (Je n’ai jamais assisté à une corrida, mais je ne pense pas qu’ils leur offrent un verre d’amontillado...) Comme je suis homme de paix, de concorde et de bonne intelligence, je... m’empresse de m’excuser haut et court auprès de tous ceux et de toutes celles que ma crasse ignorance aura pu scandaliser — et tout d’abord en rectifiant le... genre du plat en question, dont une sympathique correspondante m’affirmait qu’il s’agissait d’un fieffé macho — et non d’une pulpeuse Carmen aux lèvres écarlates, une rose dans les cheveux. Soit. C’est fait. Même si, de nos jours... Mais bon, basta!

 

Quant à la recette elle-même, en revanche, j’avoue une plus grande perplexité. J’en ai de nouveau consulté plusieurs, et la seule chose que j’ai trouvée un peu... euh... hérétique, disons, dans ma proposition, c’était le bouillon de poulet — dont je me demande bien d’ailleurs où j’avais pu prendre ça puisque je n’en ai jamais utilisé moi-même dans cette recette. J’ai donc enlevé cette douteuse suggestion. Sinon, il me semble bien que la seule chose substantielle que cette recette ne retient pas, c’est la mie de pain dans la préparation, et peut-être aussi le vinaigre — mais bon, je n’ai évidemment aucune objection à ce qu’on en ajoute, surtout si cela peut m’éviter de finir en tapas cramés sur un bûcher postmoderne de l’Inquisition espagnole... Quant au reste, il me semble que c’est quand même plutôt... cachère, si j’ose dire, quoique en partie adapté à la vie moderne et trépidante, étant entendu que, dans mon esprit, les recettes ne sont pas des formules sacrées mais des suggestions à partir desquelles on doit absolument laisser aller son imagination. Cela dit, il existe d’intéressantes versions du gaspacho — l’ajo blanco, notamment — dans lequel on retrouve effectivement la mie de pain rassis et le vinaigre de jérez «en standard». 

 

Bon appétit!

 

 

Je n'étais jamais allé en Espagne jusqu'à très récemment. Pourtant, chaque été, depuis des lustres, j’y suis allé, et j'y ai amené mes amis — euh... virtuellement, bien sûr — notamment en mitonnant le GASPACHO...

Attention: il y a en a au moins deux types: celui d’Estramadure et celui d’Andalousie, hombre...

Mais je vous donner ma propre recette, qui est une manière de compromis.

Olé ? — euh... oké?

Il vous faut tout d’abord... un mélangeur, mieux connu dans les chaumières sous le nom commun de «blender». Si vous avez déjà été marié(e), vous en avez sûrement un. Sinon, ça va être un peu plus sportif. Soit vous vous mariez et vous mettez le mélangeur sur votre liste, soit vous écrapoutissez le tout comme vous pouvez, mais là, désolé, je...

Il faut, disons, pour deux ou trois personnes — si v’z’êtes seul(e), ben, ça vous en fera pour le lendemain! — :

- un oignon, rouge, de préférence, i.e. espagnol — mais c’est pas juste par coquetterie, ils sont moins amers au bout de la ligne...

 

- un poivron, de la couleur que vous voudrez, les rouges sont généralement plus cher, alors, un beau vert ira tout à fait...

- un concombre. Ordinaire, si ça vous dérange pas d’avoir des graines, sinon, enlevez les! Ou prenez un concombre anglais...

- une ou deux petites gousses d’ail pelé (non, s’cusez mais...) et dégermé (vous prenez un couteau, vous fendez la gousse dans le sens de la hauteur, et vous extirpez le mieux que vous pouvez le germe — c’est-à-dire le machin vert, là, surtout quand ça fait six mois que c’est dans votre dépense; c’est ça qui est indigeste...)

Vous foutez le tout dans le mixer avec — ah... voila...

Pourriez ajouter des tomates... pelées, épépinées et concassées, comme ils disent

.

Mais vous pouvez tout aussi bien aussi prendre du jus de tomate ou, encore mieux — fût-ce au risque d’attirer sur moi les foudres de la Reconquista! —, du cocktail de légumes (le moins salé possible, par égard pour vos artères). C’est super, c’est déjà assaisonné — il ne vous reste qu’à ajouter un peu de sel et de poivre, au goût.

Vous commencez par remplir de jus à peu près la moitié du contenant du mixer (dans lequel vous avez déjà mis les légumes coupés en petits cubes). Vous en rajouterez, si c’est trop épais.

Puis là... vrooom... On y va doucement au début — remuer... purée... blend... Quelques petites secondes, là... On peut toujours rectifier. Ouvrez le couvercle du récipient, goûtez... Vous n’êtes pas du tout obligé de mixer votre gaspacho au point de le rendre aussi lisse qu’un discours de politicien. C’est très bon lorsque la texture est encore un peu grumeleuse. 

Prenez le temps de rêver un peu... servez-vous un verre de manzanilla — si, d’aventure, l’une de vos récentes conquêtes vous en rapporté de son dernier voyage à Séville ou à Courdoue...

N’oubliez pas: il fait chaud, vous attendez votre ancienne blonde ou votre chum-to-be, madame votre mère ou votre futur directeur de département, ou... vous n’attendez personne, vous avez juste envie de vous faire un peu plaisir, là, et — remember: partir, c’est mourir un peu, certes, mais c’est parfois aussi revivre pas mal...

alors... Respirez... Rêvez: c’est aussi le but de l’exercice!!! d;)

Bon, alors... qu’est-ce que ça dit, comme goût?

Tout le secret de la cuisine est là, et y a pas vraiment de «trucs». Si c’est bon, c’est bon. Sinon, ou bien on essaie de rafistoler, ou bien on jette et... on recommence...

Mais y’a pas de raison que ce soit moche...

Alors... rajoutez un peu de cocktail de légumes si c’est trop épais, un demi-concombre si c’est trop clair. Le gaspacho est généralement assez consistant, mais on peut bien sûr le préférer un peu plus léger. Enfin, mettez au frigo au moins deux heures avant de servir. Le gaspacho, comme la vengeance, est un plat qui se mange froid.

Ben... c’est prêt, là — à moins que...

Oui, bon... Y a moyen de faire un tout petit peu plus «chic»...

Par exemple: traditionnellement, on sert, avec le gaspacho, des amandes pilées (et broyées) et des petits dés de concombre — dans de petits ramequins, et chacun se sert. 

Et, aussi, ah oui, des petits morceaux de bacon grillé, tout petits, préparés d’avance (froids, donc), et grillés à feu moyen, si possible dans une poêle antiadhésive — non, moi, c’est pour vous que je suggère ça, là. Si vous aimez frotter...! 

¿¿¿ Y Crouton ???

Ah, ben... ouais... des croutons, si v’z’avez, porqué no... Mais là, avec un gazpacho de même, v’z’aurez plus tellement besoin de préparer un cipâte après!

So...

Vous avez un peu rêvé?

Caramba... J’allais oublier...

Prévoyez de l’huile d’olive— espagnole, dans ce cas, mais grecque ou italienne, ça ira quand même!

Et vous déniaisez poliment vos hôtes en en versant un léger filet dans votre bol avant d’y plonger la cuiller en souhaitant à tout le monde bon appétit...

C’est...

C’est même totalement halal pour les végétariens (sans le bacon, of course!), et à peu près compatible avec les consignes du Guide alimentaire canadien: y a des légumes, des oléagineux, des féculents... 

Génial avec un petit rosé bien frais.

Alors, comme disait don Quichotte: «Quand j’te dis passe-moi le gazpacho, Sancho, passe-moi pas de la Knorr tablette!»

¡ Hasta luego !

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