Autrefois, les émissions de timbres étaient rares, et celles-ci pouvaient demeurer en circulation pendant de longues années. On attendait que le roi soit vraiment devenu chauve avant de le coiffer d’une couronne ou, plus simplement encore, on patientait jusqu’à son décès pour imprimer une nouvelle émission à l’effigie de son successeur. On était, bref, économe. Et, avant la lettre, on recyclait. Si d’aventure tel monarque avait la mauvaise grâce d’être déposé en cours d’émission ou si telle principauté avalait telle autre au terme de quelque guerre obscure, on ne s’excitait pas pour émettre de nouvelles vignettes postales, on se contentait de ressortir les vieilles plaques; on y barrait simplement le nom du pays disparu ou on y écrasait cordialement la bouille du souverain déchu tout en y sur-imprimant le nom du nouvel État ou le monogramme du nouveau monarque. Occupations, libérations, nouvelles occupations, reconquêtes, apparition de nouveaux pays, disparition d'anciens, tout y passe! En voici un petit échantillonnage...

Surcharges

le poids de l'histoire

Le cas le plus banal de surcharges est vraisemblablement  celui qui indique simplement une augmentation des tarifs, avant qu'une nouvelle émission ait été réalisée. La chose s'est produite un peu partout, y compris au Canada. 

Cela devient évidemment plus dramatique en situation d'inflation galopante, le cas le plus célèbre à cet égard étant celui de l'Allemagne de la république de Weimar, entre les deux guerres mondiales.

 

(D'autres États — l'Autriche des années trente, par exemple, ou le Zimbabwe contemporain — purent, eux, accélérer leurs émissions inflationnistes sans être obligés de surcharger les anciennes valeurs.)

Observons, ici le passage de 50 millions de marks — ce qui n'est déjà pas donné! — à carrément 10 milliards, pour envoyer une carte postale...

Il est certes toujours frustrant, en philatélie, de ne pas pouvoir lire les langues étrangères. Ainsi, par exemple, on se demande si, dans le cas du timbre chinois, il s'agit d'une simple hausse un peu inflationniste du tarif postal ou si l'on indique le montant offert pour la capture de l'ignoble traître à la patrie dont la face de rat puant et squameux figure sur le timbre...

Il arrive certes aussi, parfois, que les valeurs soient revues à la baisse — comme, par exemple, avec le passage aux «nouveaux francs» en France, dans les années soixante...

Certaines surcharges témoignent de changement d'unité monétaire — qui, dans certains cas, ne se passèrent cependant pas tout à fait comme prévu...

L'évolution souvent rapide et parfois erratique de la situation coloniale, du lieu du 19e au milieu du 20e siècle se traduisit bien sur par une grande richesse de surcharges postales. Les grandes nations coloniales européennes — Grande-Bretagne, France, Belgique, Espagne, Portugal, Italie, Pays-Bas, Allemagne — identifient consciencieusement leurs colonies et leurs protectorats — encore que la distinction entre ces deux situations soit souvent assez obscure, pour ne pas dire hypocrite... 

On ne s'étonne donc pas qu'en proclamant leur indépendance, les nouveaux États aient très rapidement surchargé les anciens timbres coloniaux, en attendant les nouvelles émissions...

Y compris de manière parfois un peu... précipitée graphiquement...

Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes

(de l'Empire austro-hongrois)

Congo (ex belge) (puis Zaïre)

(de la Belgique)

République d'Irlande

(du Royaume-Uni)

Cuba

(de l'Espagne)

Pakistan

(du Royaume-Uni)

Vietnam

(de la France)

... et même lorsque celle-ci ne dura pas très longtemps...

Première république d'Ukraine — elle dura à peu près une semaine, avant d'être annexée par les Soviets...

Éphémère Unilateral Declaration

of Independance de 1965

État sécessionniste du Katanga

Biafra (province sécessionniste du Nigeria)

Certaines de ces transformations survinrent à la suite de référendums et de plébiscites qui laissèrent des traces jusque sur les timbres poste — ce qui ne fut cependant pas le cas au Canada, lors des deux référendums québécois...

de la Sarre

Ville turque d'Iskenderun

(jadis Alexandrette

Province autrichienne

de Carinthie

Haute Silésie (Pologne)

Territoire polonais d'Olsztyn (Allenstein)

Territoire

Érythrée

Les surcharges postales furent également utilisées par les grands États qui entretenaient des «comptoirs» commerciaux dans plusieurs parties du monde, y ayant leurs propres services postaux.

Bureaux britanniques

au Maroc

Comptoirs russes en Turquie

(Dardanelles)

Bureaux italiens à Jérusalem

Comptoir français à Alexandrie

Bureaux austro-hongrois

au Moyen Orient

Mais, bien entendu, on eut aussi recours aux surcharges pour indiquer des changements dramatiques survenus dans la vie des États.

Passage de la monarchie à la république — ici, dans le cas du Portugal et du Mexique...

absorption d'un État par un autre...

Danzig (Gdansk,

en polonais)

Unification («Anschluss»)

de l'Autriche avec l'Allemagne

Annexion allemande du territoire tchèque (germanophone) des Suèdes

... et parfois plusieurs fois plutôt qu'une...

Le territoire de Memel — ou Klaïpeda — fut enlevé à l'Allemagne en 1919, administré par la France jusqu'en 1923, occupé par la Lituanie pendant 10 ans, annexé par l'Allemagne en 1939, puis à l'URSS après la IIe Guerre et, enfin, rendu à la Lituanie. Ouf...

découpage d'anciens États, notamment par l'Allemagne nazie...

Serbie et Croatie, détachés

de l'ancienne Yougoslavie

Bohème et Moravie

de l'ancienne Tchécoslovaquie

Certaines surcharges postales témoignent due longs états de siège. C'est par exemple le cas de la Commune de Paris, en 1870, et de la ville de Mafeking, dans la colonie britannique du Cap de Bonne-Espérance, pendant la Guerre des Boers... 

Les deux grandes guerres du 20e siècle, avec leur lot d'annexions

et d'occupations, laissèrent elles aussi des traces considérables dans les

surcharges des timbres.

 

 

 

Par exemple, l'invasion nazie de l'Alsace, de la Lorraine et du Luxembourg...

de l'Ukraine,                  de la Pologne,                         de la Lettonie...

... et même d'une partie de la Grande-Bretagne,

notamment l'île  anglo-normande de Jersey, dans la Manche...

Mais ce phénomène est loin d'être propre à l'Allemagne nazie...

Occupations italienne puis française 

de l'île (grecque) — convoitée! — de Kastellorizo (Castelrosso)

Occupation grecque de l'Asie mineure

Occupation belge de l'Afrique

orientale allemande

Occupation britannique des

colonies italiennes d'Afrique

Occupation japonaise de la Chine                                  de Brunéi

Occupation française — puis roumaine — de la Hongrie

Administration postale britannique

militaire au Moyen Orient

Occupation italienne du port croate

de Fiume (Rijeka)

Occupation belge des cantons d'Eupen et de Malmédy. Ces cantons, germanophones, furent annexés à la Prusse en 1815 et rendus à la Belgique en 1919

À la fin de la IIe Guerre mondiale, les forces fascistes italiennes en déroute créèrent l'éphémère «République sociale italienne», également connue, de triste mémoire, comme la «République de Salo» qui inspira à Pasolini ses Cent vingt jours de Sodome...

Même la Résistance trouve son chemin dans les surcharges postales...

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