Chroniques hortonanologiques

Garden Dwarfs Chronicles

K Het Kaboutersnieuwsblad

Gartenswergenberichterstattungen

HORTONA  NÔ  SHINBOUM

1

Il était une fois... un (relativement) sérieux professeur d’université.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Celui-ci, un jour, dans la salle d’attente de son dentiste, tomba par hasard sur un vieux numéro de Paris Match qu’il feuilleta distraitement jusqu’à ce qu’il tombe sur un article qui le fascina. Le très sérieux hebdomadaire y relatait, à la fois ému et amusé, les exploits d’une bande de djeunnes, autoproclamés membres d’un groupe secret dont personne n’avait entendu parler jusque là : le FILNJ — Front international de libération des nains de jardins

Alors...

Maintenant...

Leurs forfaits? Furtivement, la nuit, la tête masquée d’une cagoule, dans la plus pure tradition des commandos espions ou terroristes, ces djeunnes allaient dérober des pelouses de banlieue de France, de Navarre, de Belgique et d’ailleurs de par le vaste monde, ces petites figurines de plâtre qui, avec les négrillons pêcheurs et les flamants roses, appartiennent à l’esthétique kitsch de part et d’autre de l’Atlantique. Kitsch et, tout au moins pour les négrillons pêcheurs, devenus politiquement inadmissibles, comme de bien entendu. (Le cas des flamants roses convie également à la prudence et pourrait, lui, en être un de spécisme de mauvais aloi.)

 

 

 

 

 

 

 

(Le Docteur M. et son conjoint d'alors en eurent deux, cela dit, sur leur balcon de la rue R***, pendant tout l'été de rédaction de leur thèse, avec notamment pour conséquence que des amis venus les visiter renoncèrent à sonner, convaincus de s'être trompés d'adresse.  [1]

[1] Où l'on montre par un exemple significatif que, comme disait Einstein, il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé.

Mais ce n’est pas tout : ces inhabituels kidnappeurs allaient par la suite rendre à la forêt — leur «habitat naturel», soutenaient-ils — ces lutins, farfadets, elfes, gnomes et autres leprechauns déracinés, non toutefois sans s’être préalablement livrés en grandes pompes à un rituel complexe: ils repeignaient tout d’abord en vert et en bleu («couleurs du ciel et de la forêt») ces pauvres gnomes peinturlurés de teintes criardes et urbaines, leur passaient au cou un collier de nouilles (pour que ceux-ci puissent survivre en attendant de se réadapter à la vie des sous-bois) et leur souhaitaient solennellement longue vie sur fond de musique techno. [2]

[2] Pour une analyse religiologique de la culture techno, voir ici

À partir de ce jour, ce très sérieux (...) professeur d’université nourrit envers les nains de jardins une curiosité — voire une passion — dont seule, à vrai dire, sa proverbiale paresse parvint à limiter l’envergure et à contenir l’ampleur.

 

 

 

 

Il adopta tout d’abord lui-même sans hésiter l’un de ces petits êtres qu’il installa affectueusement dans son jardin (étant donné que, sous réserve de leur enlèvement par un commando du FLNJ, c’est encore vraisemblablement le meilleur endroit pour eux. Mais c’est même, quand on y pense, le meilleur endroit où un nain (de jardin) est susceptible de se faire kidnapper, pour le meilleur comme pour le pire, par un commando du FLNJ).

Quand la bise fut venue (ce qui, insistons pour le dire, n’est vraiment pas de la tarte aux brugnons sardes, dans la ville dont il est ici question) et que la neige s’apprêta à recouvrir de son blanc manteau les rues sales et transversales de cette métropole quelque peu déglinguée (dont on continuera à taire ici pudiquement le nom), le très sérieux (oui, bon…) professeur d’université, n’écoutant que sa compassion, aménagea dans son living, au-dessus de la réserve de bois pour la cheminée, une très confortable niche pour son nouveau protégé (ou… protecteur ?) — en s’inspirant librement pour cela du design de l’alcôve de verre de la Belle-au-Bois-Dormant, à partir d’un vieil aquarium recyclé.

Selon les témoignages photos incontestables, l’homuncule n’eut pas l’air de s’en trouver trop malheureux — d’autant qu’il était mollement couché sur un tapis de feuilles mortes authentiques enjolivées de très convaincantes reproductions de fruits et de légumes (chinoises, bien entendu @ 1 $ pièce chez Dollarama) et protégé par de véritables potirons turcs.

Dans la studieuse oisiveté des longues soirées hivernales qui s’ensuivirent, le très sérieux professeur alla même jusqu’à amorcer l’un de ses très sérieux articles, consacré aux mutations culturelles de la postmodernité, en évoquant justement l’expérience quasiment hiérophanique de sa première rencontre avec le Front de libération des nains de jardins. [3]

[3] On peut, si l’on y tient vraiment — mais on n’est évidemment vraiment pas obligé d’y tenir vraiment ! — accéder à ce texte en cliquant ici — à la condition expresse d’en... revenir! (La référence se trouve plus précisément à page 10.)

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