Suggérer le nord, pointer du doigt le midi, esquisser l’ouest, embrasser l’Orient du regard… Et tout cela en courts poèmes d’inspiration japonaise à la forme extrêmement codifiée, haïku et senryu. 

Le haïku, dont l’origine remonte au XVe siècle, compte traditionnellement dix-sept syllabes disposées en trois vers de cinq, sept et cinq syllabes chacun. La structure et le disposition métrique du senryu sont un peu plus souples. Le haïku, en principe, doit également contenir une référence à la nature, aux saisons ou à leur passage, souvent à la lune — d’où le clin d’œil du titre de ces pages. C’est un genre littéraire que l’on pourrait qualifier de «sérieux» et de «minimaliste» — pour ne pas dire zen! — dans la mesure où il exclut habituellement tout lyrisme, ayant essentiellement pour but d’évoquer en rapides coups de pinceau l’évanescence des choses, l’émerveillement de ce «presque-rien» de Jankélévitch, ou le mystère de son «je-ne-sais-quoi».

 

Proche du haïku par sa forme, le senryu apparu pour sa part au XVIIIe siècle, s’en distingue en ce qu’il ne fait pas référence à la nature mais plutôt à l’humanité et, plus précisément, aux défauts et aux faiblesses de celle-ci. De ce fait, il est souvent empreint d’humour — même assez noir! — voire carrément de cynisme. 

Les langues occidentales étant à ce point différentes de la japonaise, on conviendra qu’il est, à strictement parler, impossible d’écrire de véritables haïkuet d’authentiques senryu dans aucune d’entre elles. Rien n’interdit en revanche de s’en inspirer de quelque manière, comme l’ont fait avec bonheur et fécondité nombre d’Occidentaux depuis plusieurs décennies déjà, écrivains du dimanche ou vieux routiers de l’écriture. Certains, ce faisant, privilégient l’évocation de la nature; d’autres tentent plutôt de rendre une impression fugace, de saisir au bond l’effleurement d’une émotion, de conserver, en quelques mots, la trace de l’instant fugitif. Plusieurs, de nos jours, récusent par ailleurs la stricte observance des dix-sept syllabes du haïku classique, ne retenant pour l’essentiel que l’extrême brièveté de cette forme poétique. D’autres, au contraire, continuent de voir dans cette contrainte métrique une source — paradoxale mais jubilatoire — de créativité : qui n’a pas, en effet, passé toute une soirée à chercher lemot de trois syllabes nécessaire pour compléter un haïkumais qui, inopinément séduit par un mot de deux — ou de quatre! — syllabes, n’a pas chambardé tout son poème en conséquence, celui-là ne sait pas encore tout du plaisir de la chose.

Les poèmes de ce recueil s’organisent selon la géographie imaginaire des quatre points cardinaux — «aux quatre vents de la lune». Ils laissent libre cours à l’inspiration pour  tenter de faire voir — mais, aussi bien, entendre, sentir, toucher goûter — toutes sortes de Septentrions, de Midis, de Levants et d’Hespérides… Ils le font en s’imposant la stricte règle métrique du haïku — cinq, sept, cinq syllabes — sans pour autant s’astreindre à ses rigueurs thématiques, axées sur une «nature» qui, de toute façon, et pour le meilleur comme pour le pire, est de plus en plus «humaine». Les courts poèmes de ce recueil ne répugnent pourtant d’aucune manière à l’évocation de cette nature, pas plus qu’ils ne s’empêchent, à l’occasion, de peindre en quelques mots l’impalpable émoi de l’instant qui n’est déjà plus. Ni de faire un clin d’œil à la lune… En ce sens, plusieurs d’entre eux sont indéniablement, fût-ce de manière peu orthodoxe, de l’étoffe du haïku.  D’autres se rapprochent davantage du senryuen ce qu’ils dépeignent aussi résolument les humains — sans pour autant se limiter à épingler leurs faiblesses ou à railler leurs travers, en ne se gênant pas pour évoquer aussi bien leurs rêves et leurs amours, leurs jeux et leurs légendes, leurs travaux et leurs jours.

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